MONACO, le 22 mai 2025.
L’Océan est souvent idéalisé comme un monde vaste et silencieux. Pourtant, lorsqu’on l’écoute, on découvre un univers vibrant de plus de 20 000 sons. Un monde si complexe et si étranger qu’on a presque l’impression d’avoir atterri sur une autre planète. Contrairement à la lumière, qui s’estompe rapidement sous l’eau, le son parcourt de vastes distances, ce qui en fait un outil essentiel à la communication et à la survie des espèces marines.
Ce paysage sonore, que nous commençons à peine à comprendre, est désormais saturé de bruits artificiels qui perturbent la vie des créatures marines.
Le transport maritime, les travaux de construction et les levés sismiques introduisent des nuisances sonores qui menacent les écosystèmes marins. Le yachting de plaisance ne fait pas exception. À mesure que les superyachts explorent des eaux de plus en plus reculées, le secteur doit s’interroger sur son impact en termes de pollution sonore.
Nous avons récemment interrogé Michel André, expert de premier plan en bioacoustique marine, pour en savoir plus sur l’impact du bruit sur la vie océanique. Professeur à l’Université Polytechnique de Catalogne et fondateur du Laboratoire de Bioacoustique Appliquée, il a consacré sa carrière à étudier l’impact de la pollution sonore sur la faune marine et à développer des technologies pour surveiller et atténuer ces effets. Ses travaux ont été récompensés par des distinctions prestigieuses, telles que les Rolex Awards for Enterprise.
Que savons-nous actuellement de la pollution sonore et de l’impact humain sur le paysage sonore des océans ?
L’intérêt scientifique, tout comme celui du grand public, pour l’impact des bruits océaniques d’origine humaine sur les animaux marins a considérablement augmenté. Les préoccupations portent sur la question de savoir si ces sons affectent la capacité des animaux marins à mener leurs activités normales, ainsi que sur leur capacité à long terme à survivre, à se reproduire et à maintenir des populations saines. Les perturbations peuvent entraîner des dommages auditifs durables, un stress chronique, la perte d’habitats et un déclin global des populations, menaçant ainsi l’équilibre délicat des écosystèmes océaniques.
Les sources de pollution sonore d’origine humaine incluent le transport maritime commercial, la construction de parcs éoliens et de plateformes pétrolières offshore, l’utilisation de sonars, les levés sismiques et même le bruit aérien provenant d’avions supersoniques. Ces sons varient en fréquence, en durée et en intensité, et chacun affecte les espèces marines différemment. Les bruits à basse fréquence issus de la navigation peuvent masquer les communications essentielles des baleines et des poissons, tandis que les canons à air sismiques utilisés pour l’exploration pétrolière peuvent causer des pertes d’audition et forcer des déplacements massifs de population. Les sonars navals ont été liés à des échouages de baleines et à des accidents de décompression. Enfin, la construction d’infrastructures offshore perturbe le comportement et les habitats des poissons, et des pratiques comme la pêche à la dynamite peuvent détruire les structures auditives des organismes marins.
De quelle manière un propriétaire de yacht peut-il impacter le paysage sonore des océans sans s’en rendre compte ?
Les yachts font partie de ces activités en mer qui produisent du bruit et, bien que leurs niveaux ne soient pas comparables à des opérations plus bruyantes (comme les porte-conteneurs), ils contribuent au bilan sonore global de l’océan. Ainsi, même la navigation de plaisance augmente le niveau de stress de la vie marine. C’est particulièrement vrai lors du mouillage dans des zones encore peu explorées ou fréquentées par l’homme : le bruit rayonné par les générateurs et les systèmes hydrauliques envahit les eaux calmes entourant les yachts et peut impacter l’équilibre fragile des écosystèmes. Je m’intéresse tout particulièrement aux émissions acoustiques provenant des yachts dans des habitats sensibles qui servent de points de rassemblement ou de lieux de passage pour des espèces menacées.
Existe-t-il des stratégies actuelles ou proposées pour atténuer efficacement le bruit d’origine humaine dans l’océan ?
Traiter les conséquences écologiques à long terme de l’augmentation de la pollution sonore océanique nécessite une approche multidimensionnelle combinant innovation technologique, mise en œuvre de politiques et recherche continue. Par exemple, les opérateurs de navires peuvent agir en réduisant leur vitesse. D’un point de vue technique, il existe des moyens de concevoir des navires dotés de moteurs plus silencieux. De plus, les politiques publiques pourraient établir des zones protégées et faire appliquer des réglementations sur le bruit.
Comment « écoutez-vous » l’océan ?
Nous avons mis au point une technologie innovante qui nous permet d’écouter l’océan via une bouée spécialisée transmettant des données en direct. Il existe aujourd’hui plus de 150 de ces bouées d’écoute à position fixe à travers le monde, qui diffusent des paysages sonores sous-marins 24h/24 et 7j/7. Ce réseau nous permet d’identifier précisément les sons, d’analyser leurs interactions et de suivre l’évolution des schèmes sonores au fil du temps.
Pour les navires d’exploration, nous avons développé Ear to the Ocean (e2O) — une bouée autonome de haute technologie conçue pour révolutionner la surveillance des océans. En intégrant l’intelligence artificielle la plus récente pour analyser d’importantes quantités de données acoustiques et visuelles, e2O permet une détection précoce des changements de biodiversité, de la pollution sonore et des impacts liés au climat.
e2O est conçue pour être déployée facilement par une seule personne, sans connaissances spécialisées. Elle est opérée depuis une annexe : il suffit d’immerger la bouée d’écoute dès que le yacht est au mouillage, puis de la récupérer au départ. Équipée d’une connectivité Wi-Fi et satellite, e2O ne se contente pas de transmettre des sons et des images en direct au yacht ; elle transmet aussi automatiquement des données environnementales en continu aux chercheurs, aux protecteurs de la nature et aux décideurs du monde entier.
Quel rôle les superyachts peuvent-ils jouer ?
Les superyachts offrent une opportunité unique d’explorer des régions océaniques reculées où les données sur la biodiversité sont rares. En déployant la bouée e2O, ils peuvent fournir des informations en temps réel sur les écosystèmes marins et contribuer à l’effort mondial de surveillance de la biodiversité océanique.
Embarquer e2O envoie un message clair et puissant à la communauté maritime mondiale : cela témoigne d’un rôle proactif dans la sauvegarde des écosystèmes marins, transformant les superyachts en acteurs clés de l’avenir de la protection des océans.
Conclusion
Le SEA Index (https://sea-index.com/) s’engage à impulser une action collaborative et à développer des solutions pour protéger nos océans pour les générations futures. En consultation avec Michel André, le SEA Index investit dans la recherche sur la pollution sonore et étudie comment la communauté du yachting peut participer à l’effort collectif pour réduire son impact sur l’Océan.Get in touch with SEA Index to learn more and join the movement: info@sea-index.com
Contactez le SEA Index pour en savoir plus et rejoindre le mouvement : info@sea-index.com
Lectures complémentaires :
Seagrass Posidonia is impaired by human-generated noise
Marine invertebrates and noise
Michel Andre Research
Crédit:
Photo de Michel André provenant de son site web.

