Article, Santé des Océans

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La pollution sonore dans le yachting : comment la réduire ?

Monaco, le 26 juin 2025

La pollution sonore est un défi invisible mais majeur pour l’environnement marin. Généré par les activités humaines telles que le transport maritime et le yachting, le bruit rayonné sous-marin (URN – Underwater Radiated Noise) a un impact profond sur les écosystèmes marins. De plus en plus de propriétaires de superyachts sont conscients et préoccupés par cette problématique, non seulement pour profiter d’une expérience paisible à bord, mais aussi pour naviguer silencieusement sans perturber la vie sous-marine.

Qu’est-ce que la pollution sonore et comment affecte-t-elle la vie marine ?

Dans un environnement à faible visibilité comme les profondeurs de l’océan, les espèces marines, telles que les baleines et les dauphins, dépendent des sons sous-marins pour la navigation, la communication et la chasse. Toute forme de pollution sonore perturbe ce paysage sonore naturel, interférant ainsi avec des comportements critiques, ce qui entraîne du stress, une altération des schémas de migration et une réduction du succès reproducteur.

Les conséquences de la pollution sonore sont de plus en plus évidentes. Par exemple, le retour des baleines dans les eaux norvégiennes a été entravé par un bruit sous-marin constant, qui limite leur capacité à se nourrir et à communiquer. Des recherches, comme celles menées par Quiet Oceans, ont démontré que l’augmentation des niveaux de bruit dans les habitats marins exacerbe le déclin de la biodiversité marine.

Comment l’industrie du yachting s’attaque à la pollution sonore

Le bruit rayonné sous-marin (URN) est généré par les moteurs maritimes, les hélices et les systèmes mécaniques. Contrairement à l’air, l’eau transmet le son plus efficacement, permettant au bruit de parcourir de vastes distances. Les superyachts, connus pour leur taille et leur puissance, contribuent de manière significative à ce problème via leurs systèmes de propulsion.

Dans certains cas, la recherche d’efficacité (qui permet d’économiser de l’énergie et de réduire les émissions de CO2) peut paradoxalement entraîner des systèmes de propulsion plus bruyants (DNV). C’est pourquoi la pollution sonore doit être intégrée dès la phase de conception des superyachts. La réduction de l’URN nécessite une approche multidimensionnelle combinant innovation, réglementation et collaboration.

 

Bureau Veritas & Ponant
Bureau Veritas & Ponant

L’envers du bruit : Questions-Réponses avec Bureau Veritas

Bureau Veritas a introduit des critères de référence mesurables pour le bruit rayonné sous-marin (URN) dans le transport maritime, encourageant les constructeurs à adopter des technologies silencieuses et à respecter les objectifs de durabilité.

Sa notation URN permet aux armateurs et gestionnaires de navires de démontrer les actions entreprises pour minimiser l’impact sonore. Outre la protection de l’écosystème marin, la gestion des sources de bruit et de vibrations à bord améliore l’expérience des passagers et le bien-être de l’équipage, tout en aidant les propriétaires à se préparer à une réglementation en constante évolution. Nous avons interrogé Eric Baudin, Responsable de l’Innovation – Global Service Line Energy Transition chez Bureau Veritas Marine & Offshore, sur l’importance de la mesure de l’URN.

Quelle a été la réaction à la notation URN dans le secteur maritime jusqu’à présent ? Nos échanges avec nos clients montrent qu’ils sont très sensibles à l’importance de la protection de la vie marine et, par extension, au maintien de nos océans en bonne santé. La réaction à notre notation a donc été unanimement positive. Cependant, la majorité des actions visant à réduire le bruit rayonné par les navires est restée limitée, jusqu’à présent, aux navires de recherche océanographique et aux navires de croisière : ces deux types de navires ont déjà dépassé les exigences réglementaires pour limiter leurs impacts environnementaux.

Pourquoi est-il important pour d’autres types de navires, y compris les superyachts, de mesurer et de réduire leur impact URN ? Pour citer Lord Kelvin : « Si vous ne pouvez pas le mesurer, vous ne pouvez pas l’améliorer. » La première étape — avant de décider quoi faire et comment — consiste à quantifier la base de référence des émissions URN d’un navire donné. De plus, l’objectif final étant de protéger la vie marine, nous devons prendre en compte la contribution de tous les navires. Cela dépend moins du type de navire que de l’intensité, de la fréquence et de la durée du bruit qu’ils diffusent dans une zone ou un habitat donné.

Quelles considérations doivent être prises en compte lors de l’application de la notation URN existante aux superyachts ? Comme pour tous les types de navires, l’URN des yachts est principalement lié à leurs systèmes de propulsion (hélices et moteurs). Il est utile d’étudier avec soin la géométrie de la conception de l’hélice et l’isolation du moteur dès les premières phases du projet. Les yachts ont des profils opérationnels très spécifiques, ce qui doit également être pris en compte. Ils peuvent passer un temps considérable à utiliser des machines liées à la “consommation hôtel” au mouillage ou utiliser des propulseurs lors des manœuvres. Ces actions génèrent probablement une empreinte sonore différente qui nécessite une approche propre en termes de conception et d’exploitation.

En quoi la mesure de l’URN différerait-elle pour les superyachts ? Quels sont les principaux défis pour réduire la pollution sonore sur ce type de navires ? Étant donné le profil opérationnel unique des yachts, l’URN au mouillage mérite d’être mesuré. Cela nous permettrait de comprendre comment ce bruit s’inscrit sur une longue période dans une zone spécifique, par opposition au passage bref d’un navire de commerce traversant cette même zone. Comparés à d’autres navires, les superyachts possèdent souvent des moteurs puissants et de nombreuses machines de bord situées à proximité immédiate de la structure de la coque. Cela peut générer un bruit important par transmission directe. Des mesures peuvent être prises pour réduire ce bruit, comme une isolation supplémentaire, mais elles peuvent aussi impacter le poids, l’espace et les performances du navire. Trouver le juste équilibre entre le contrôle du bruit et les autres priorités de conception est un défi permanent, mais traiter cette question dès les premières phases de conception permet d’obtenir des résultats satisfaisants. En revanche, réduire le bruit sur des superyachts plus anciens, qui n’ont pas été conçus dans cette optique, peut s’avérer particulièrement complexe et coûteux, nécessitant souvent des refits majeurs. Pour ces derniers, des adaptations opérationnelles (ex: réduction de la vitesse) pourraient être plus simples à mettre en œuvre.

Comment voyez-vous évoluer le paysage de la certification maritime au cours des 5 à 10 prochaines années ? De nombreuses parties prenantes, surtout en Europe, semblent plus à l’aise avec des exigences obligatoires. Mais les directives actuelles de l’OMI ont été très intelligemment conçues pour permettre à chacun de comprendre les enjeux et les étapes clés de ce parcours, tout en incluant des incitations essentielles. Par conséquent, je pense qu’une approche de type “index” combine efficacement la quantification scientifique et les fondements rationnels nécessaires pour évaluer la situation actuelle — ainsi qu’une prédiction possible de la réduction de l’empreinte URN que les navires pourraient atteindre.

Conclusion

À mesure que la sensibilisation à la pollution sonore sous-marine croît, l’industrie du yachting a une occasion unique de montrer l’exemple. De l’innovation dans la conception à la certification et à la mesure, la réduction de l’URN est non seulement cruciale pour la biodiversité marine, mais elle améliore également le confort à bord et pérennise les navires face aux réglementations émergentes.

Le SEA Index® investit dans la recherche sur le bruit des océans et explore comment la communauté du yachting peut contribuer aux efforts collectifs pour protéger la vie marine.

Rejoignez-nous pour soutenir un océan plus silencieux et plus sain pour les générations futures.

Eric Baudin Bureau Veritas
Eric Baudin Bureau Veritas

Eric Baudin, Responsable de l’Innovation – Global Service Line Energy Transition, de Bureau Veritas Marine & Offshore

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